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Scientifiques en dialogue - Sciences et foi - Grenoble

mercredi 22 décembre 2010, par Réseau Blaise Pascal

Association "Scientifiques en Dialogue : science et foi – Grenoble"

Des scientifiques chrétiens de Grenoble qui se réunissent depuis le début de 2003 avec des pères jésuites, ont créé depuis une association 1901 avec cet intitulé. Elle a la reconnaissance et l’appui de l’évêque de Grenoble. Cette association a pour but de contribuer à la réflexion sur les rapports entre la foi et la culture scientifique. L’initiative est d’inspiration chrétienne mais avec une ouverture vers tous les chercheurs et scientifiques en quête de sens.

Thèmes abordés Les membres de l’association se réunissent tous les mois sur des sujets apportés par les uns et les autres ainsi que sur des sujets d’actualité. Deux fois par an nous organisons une conférence-débat animée par un spécialiste du domaine étudié. Exemples Au cours des précédentes années nous avons abordé : la vérité scientifique, les nanotechnologies, les plantes transgéniques, la thérapie génique, l’acte de création, les acquis de l’anthropologie, l’actualité de Teilhard de Chardin, évolution et création, création et résurrection, la bioéthique, le principe de précaution… Récemment nous nous sommes penchés sur le thème de la décroissance et nous en avons résumé les débats, en juin 2010, dans le texte en annexe qui a été publié dans le bulletin du diocèse de Grenoble-Vienne « Relais 38 ». Quelques conférenciers invités : J.P. Bombled, T. Magnin, F.Euvé, J.M. Maldamé, C. Théobald, O. de Dinechin, B. Saugier, P. Deterre, N. Ridoux, G. Donnadieu, F. Revol …et des Grenoblois.

Activités de cette année 2010-2011 Compte tenu du thème du colloque du Réseau Blaise Pascal de 2011 à Lyon, nous travaillons à partir du livre de Jean Pillon : « Neurosciences cognitives et conscience », édité par Chronique Sociale 7 rue du Plat à Lyon. Une conférence-débat sur le sujet est en préparation ainsi qu’une autre sur l’impact de l’informatique sur la vie humaine.

Contact : sdg38@eklesia.net

Annexe : Croissance ? Décroissance ? Pour une autre croissance

L’état de la planète La très grande majorité des experts dans le domaine des ressources naturelles de la planète reconnaît qu’elles ne sont pas illimitées et même certaines sans renouvellement possible comme les combustibles fossiles ou les matières premières. D’autre part, l’évolution du climat dû à la pollution est très liée à l’activité humaine. L’accroissement, récent et extrêmement important, de la population qui ne devrait se stabiliser que vers 2050 avec 9 milliards d’habitants, donne une acuité particulière à cette question depuis ces dernières décennies. Cette constatation avait déjà été faite dans les années 1970 par le Club de Rome, mais il ne disposait pas, à l’époque, des moyens récents d’évaluation pour en préciser davantage le diagnostic. Cette prise de conscience de la situation de notre planète se diffuse trop lentement dans les populations qui gardent l’illusion de possibilités illimitées de ses ressources.

Croissance et développement Il convient tout d’abord de préciser les termes qu’on utilise. Le terme croissance est habituellement associé au « produit intérieur brut » qui fait référence, approximativement, à la richesse matérielle d’un pays. Le terme développement est beaucoup plus général mais il est parfois pris comme synonyme de croissance. Le fait d’y ajouter le terme de durable est plus intéressant car selon le rapport Brundtland de 1987 : « Le développement durable est le développement qui satisfait les besoins de la génération actuelle, sans priver les générations futures de la possibilité de satisfaire leurs propres besoins ». Pour nous ce développement durable englobe également l’éducation, la santé, la culture, la qualité des relations humaines…

La science et la technique L’évolution rapide des conditions de la vie humaine sur la planète a été possible grâce aux découvertes des scientifiques et à la mise en œuvre de celles-ci par les ingénieurs. Ainsi, l’utilisation de la vapeur, de l’électricité, de l’énergie nucléaire comme la découverte des causes de nombreuses maladies et la mise au point des médicaments pour y remédier, la sélection et l’amélioration des rendements des cultures vivrières, l’invention des matières plastiques ou d’alliages particulièrement performants, ont amélioré de façon spectaculaire la vie d’un nombre de plus en plus grand d’êtres humains. Il faut continuer à le faire mais à certaines conditions. Il est également légitime que l’homme poursuive sa recherche pour mieux comprendre le monde et la spécificité de la personne humaine, dans le cadre de la recherche fondamentale qui est destinée à l’assurer. Les nuisances corrélatives aux effets positifs de ces innovations ont longtemps été minimisées, et on a cru qu’un progrès scientifique indéfini en viendrait facilement à bout. Or, si des évolutions très spectaculaires ont été réalisées, comme la miniaturisation des éléments à semi-conducteurs, il existe des « verrous technologiques » qui persistent comme obstacles à une évolution toujours favorable. Ainsi, l’élimination de la radioactivité à long terme des déchets des centrales nucléaires. Egalement, l’impossibilité actuelle de stocker, en grandes quantités, l’énergie thermique et l’énergie électrique, handicape l’adoption massive d’énergies renouvelables comme celles des éoliennes ou des capteurs photovoltaïques. Ainsi la plus grande « source d’énergie » d’avenir reste encore la réduction judicieuse de son emploi dans tous les domaines. La fusion nucléaire contrôlée, à l’étude avec le projet ITER, pourra-t-elle être une source d’énergie satisfaisante dans l’avenir ? L’implantation de centrales thermiques solaires dans les déserts peut-elle être envisagée ?

Et l’être humain dans tout cela ? En parallèle à l’évolution des moyens d’améliorer les conditions de vie des hommes sur la planète, des actions plus directes sur l’homme lui-même se sont développées. On a d’abord connu les progrès de la médecine, de la chirurgie et de la biologie avec les prothèses et les greffes. On envisage aujourd’hui la possibilité d’implanter des puces électroniques pour détecter des maladies et des nano-robots pour venir distribuer des médicaments à l’endroit précis où ils sont nécessaires. Certains envisagent aussi de décupler les capacités de l’homme en « l’améliorant » avec des dispositifs artificiels pour engendrer ce qu’on appelle le « cyborg » abréviation de « cybernetic organism », ce qui lui ferait perdre son identité propre. Ceci conduit à ce qu’on appelle le transhumanisme. Cette transformation possible doit être examinée avec beaucoup d’attention car le risque est grand de dénaturer l’être humain et d’en faire un outil au service de manipulateurs animés des plus mauvaises intentions. Dans tout cela il ne faut pas oublier « la règle d’or » qui doit nous animer, à savoir que ce n’est pas parce qu’on sait faire quelque chose qu’il est bon de le faire.

Logique économique Face au communisme intégral, qui avait suscité tant d’espoirs, mais dont l’échec a pu être constaté au siècle dernier, les économistes ont, trop souvent, estimé que la dérégulation totale des échanges provoquerait une efficacité et une redistribution qui irait de soi. « La main invisible du marché » ferait que la somme des intérêts individuels conduirait immanquablement à l’intérêt général. On a aussi cherché à faire croire que l’économie était régie par des lois analogues à celles des sciences exactes, sans tenir assez compte ni des incertitudes liées au comportement humain ni du passage obligé par les ressources de la planète inventoriées par les experts de ces sciences exactes et des nuisances attachées à leur emploi. Sous l’impulsion des écologistes, dont l’attention a été attirée par l’évolution actuelle du monde, il faudra bien que l’ensemble des pays du monde se « mette autour d’une table » pour élaborer des règles contraignantes dont l’objectif sera de gérer au mieux notre planète. Dans le cas contraire, l’âpreté des « intérêts légitimes » de chaque pays conduira vraisemblablement à de nouvelles guerres que les pénuries ne manqueront pas de susciter, les pays en développement en étant les

Reconnaître et accepter les limites Si le désir et la recherche de sa propre satisfaction sont des moteurs importants de l’activité et de la créativité humaine, il est tout aussi important d’accepter l’incomplétude de l’être humain, caractéristique de sa nature et de son existence. Face à ces désirs d’être et d’avoir parfois excessifs, il est aussi bon de rappeler le caractère fondamental des limites pour les structures psychiques individuelles et collectives. C’est le refus de cette incomplétude et du sens des limites qui fait faire, selon nous, fausse route à certaines conceptions modernes. Celles-ci, à l’inverse de ce qu’elles peuvent afficher, conduisent à faire perdre à l’homme sa place centrale dans la société ainsi que sa liberté. Face à l’impératif de jouissance, face à l’expansion et au profit sans limite, nous rappelons le rôle fondateur de la modération et de la mesure pour donner à l’être humain de percevoir toute la richesse de sa condition. Il s’agit de rechercher : « moins de biens mais plus de liens » comme le formule Nicolas Ridoux qui préconise aussi de ne pas confondre « efficacité et fécondité ».

Que nous dit le message chrétien ? Si on remonte aux deux récits de la Création présents dans la Genèse, on constate que l’homme est, invité par Dieu, à la fois à dominer le monde et à en prendre soin. Si on considère les enseignements de la Bible et de l’Eglise, surtout depuis l’apparition et la prise de conscience récente des problèmes d’environnement planétaire, le rôle primordial de l’homme dans ce contexte a été rappelé avec insistance. En effet l’avenir dépend de plus en plus de sa responsabilité, compte tenu des moyens dont il dispose, sans commune mesure avec ceux dont il disposait il n’y a pas si longtemps. Déjà Paul VI en 1967, dans l’encyclique « Populorum Progressio », soulignait que la nouveauté majeure était l’explosion de l’interdépendance planétaire que l’on désigne aujourd’hui par la mondialisation. Jean-Paul II, dans « Sollicitudo rei socialis », indiquait en 1987 que la solidarité signifie avant tout que tous doivent se sentir responsables de tous. Benoit XVI, dans sa récente encyclique « Caritas in veritate », écrivait, en 2009, que « L’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Celle-là doit viser la recherche du bien commun, que la communauté politique d’abord doit aussi prendre en charge. C’est pourquoi il faut avoir présent à l’esprit que séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres ».

Quelle autre croissance ? Le système économique dans lequel nous vivons ne connaît, essentiellement, que la logique de la concurrence et de l’accroissement de la consommation. Il est maintenant nécessaire de casser cette logique et de se donner d’autres critères d’évaluation que le simple PIB, qui tiennent compte des conditions de vie et de développement des potentialités humaines. Celles-ci ne se traduisent pas exclusivement par des échanges monétaires, mais font intervenir les relations interpersonnelles (amitié, amour…), l’accompagnement des personnes en difficulté, la culture, la contemplation de la nature, la recherche de la beauté, le développement spirituel… Un Indice de Développement Humain est déjà utilisé par le Programme des Nations Unies pour le Développement. Afin d’assurer des conditions de vie décentes à tous les habitants de la planète, il sera sans doute indispensable de considérer une modification radicale de notre concept de croissance allant jusqu’à une décroissance matérielle importante dans nos pays occidentaux pour permette une croissance raisonnable des autres pays. A titre d’illustration, rappelons-nous que l’idéal de la vie monastique a toujours été vécu dans une pauvreté choisie qui n’est pas, bien sûr, la misère, mais, au contraire, l’accent mis sur l’essentiel. Si on voulait décrire cet objectif en une courte phrase on pourrait dire : « croissance de l’être, décroissance de l’avoir ». La question de la réduction de l’emploi est souvent objectée à cela. C’est parce qu’il est nécessaire de revoir l’ensemble du problème avec l’objectif d’un partage de l’activité et des revenus entre tous. L’activité est prise ici dans le sens général de tout ce qui apporte un mieux être à l’homme et pas seulement ce qui est considéré comme « rentable ».

Agir local, agir global La réduction de la consommation et la meilleure utilisation des matières premières, de l’énergie et des produits alimentaires passent d’abord par un effort individuel qui réduira notre « empreinte écologique personnelle » sur la planète. D’autre part, cette frugalité servira d’exemple à ceux qui n’ont pas encore conscience des conditions à remplir pour l’avenir de l’humanité, ou ne veulent pas en tenir compte par une « fuite en avant » souvent constatée. Mais il est évident que c’est loin d’être suffisant. Ce sont, d’abord, les très nombreuses associations qui regroupent les citoyens au niveau politique, social, économique, culturel, spirituel… qui doivent se mobiliser sur ces thèmes. Mais, bien sûr, ce sont aussi les grands organismes nationaux et internationaux qui doivent se concerter pour planifier des changements profonds devant aboutir à des règles qui encadreront la production et l’usage des « biens communs » que sont les ressources de la planète comme l’eau. Nous devons tous nous mobiliser pour développer cette concertation planétaire. En effet pour être acceptés, ces changements profonds ne seront possibles sur le plan politique qu’avec le soutien de l’opinion publique qu’il faut convaincre. Bien placés pour évaluer la situation globale à laquelle nous sommes confrontés, scientifiques et ingénieurs chrétiens, nous lançons un appel en ce sens, plus particulièrement aux chrétiens qui ont accepté, en tant que tels, d’avoir une vigilance accrue sur cette question du devenir de nos frères humains. Ceci devrait nous permettre de faire advenir cette « autre croissance » évoquée dans le titre de ce texte, pour assurer à l’humanité l’épanouissement auquel elle est invitée.